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 Au début des cours, Lui et Moi  n’avions pas grand-chose à nous dire, chacun sur sa réserve, petite timidité. Nous venions d’horizons différents, Lui  vivant au Printemps, moi me réjouissant des paysages d’Automne.

Pour être bien, pour être mieux,  nous suivons  le même enseignement, Lui un peu détaché, Moi j’y prends un grand intérêt.

 

Son travail le passionne, il y met tout son cœur, Moi je m’amuse en jouant à l’Ecrivain Nouveau qui découvre des plaisirs insoupçonnés.

 

Il est grand Lui, plutôt pas mal, distingué, souriant timidement ; serviable, indulgent, dévoué, j’avoue que c’est réconfortant…

 

Lui, une amitié relativement récente, mais qui s’est vite renforcée par des confidences partagées, des certitudes de jours heureux, une complicité imprévue.

 

Mais, je dois vous faire une confidence, il a des petits défauts Lui,  qui me contrarient quelquefois ; il disparaît d’un jour à l’autre, sans dire où il va, sans préciser sa date de retour, je me demande pourquoi cette manie enfantine de vouloir faire des cachotteries. Bien sûr je me pose des questions, il a peur que je le  suive ? Ça n’a aucun sens quand je vous aurai dit qu’il aime les îles ensoleillées et moi les Océans tumultueux, les fruits sucrés, pour moi un peu plus acidulés.

Vous voyez, la logique voudrait qu'il n'ait aucune crainte.

Même si ses vacances se passent chez la fleuriste du coin, il faut qu’il en fasse mystère, il s’évanouit sans dire un mot, alors que je pourrais lui écrire un poème en forme de roses ou de pivoines,  à offrir à la fille, mais non, il réapparait un jour pour me  parler de lagon, d’eau turquoise, de tortues gigantesques...

 

On me dit c’est la nouvelle jeunesse qui adore jouer à cache-cache, la jeunesse de la crise, ils sont tous pareils. J’en suis restée bouche bée, quelle relation y-a-t-il entre cache-cache et la crise ?? Les années passent et je me sens de moins en moins en phase avec cette mentalité. Je ne désespère pas, je surmonterai l’obstacle.

 

Rentré chez lui, il se décide à me faire signe, il égrène tranquillement la liste de ses courses, retard dans ses achats, son prochain week-end où on l’a investi d’une mission importante pour laquelle, je me permets, de donner des conseils, qui me paraissent judicieux. Là encore, une fois de plus, je ne sais rien, succès de la réunion ou échec ?

 

Je ne peux pas dire que je sois curieuse mais plutôt un peu inquiète, j’ai de la suite dans les idées tandis que Lui papillonne, virevolte, passe aisément d’une syllabe à trois autres plus loin. J’accepte aussi ce défaut, je ne tiens pas à perdre cette amitié incomparable.

 

A l’inverse de lui, je bois ses paroles, il trouve des solutions, des discours de sagesse pour apaiser mes chagrins ; pour m’expliquer, il n’hésite pas à rédiger un mail d’une longueur impressionnante. Les courriers un peu longs, j’en suis experte en la matière, j’étudie donc, je ri parfois des idées qui me semblent extravagantes, je réfléchis à ses propositions, à ses conseils, je jette quelque fois  une phrase puis …mauvaise conscience, je plonge dans la Corbeille pour la repêcher (ça peut servir).

 

Un jour, t’en souviens-tu, tu m’as parlé d’un Sage rencontré dans un livre, tu veux me faire partager ce cadeau royal, tu me dis, je vais faire son devoir ce soir ; sympa ce garçon, il m’en confie l’intitulé, pas mal, intéressant, j’accroche tout de suite, je saute sur l’occasion,  tu travailles et tu m’envoies le résultat, c’est un bon devoir. Je vous le certifie, il était d’accord. Cette formule me plaisait bien, je pouvais tranquillement lire son épreuve, et après  lui donner mon point de vue ; mais voilà,  trois mois se sont écoulés  et je ne vois  rien  venir.

 Le pire, à intervalles réguliers, il se croit obligé de me dire, comme un supplice de tantale, j’ai passé un bon dimanche,  je vais me mettre au travail du Sage. J’ai soudain envie de crier, il ment et moi j’attends, trop rigoureuse, je ne demande rien et je souffre en silence. Je n’arrive pas à dire cause toujours, je sens un piège dans ces quatre lignes, ce devoir est diabolique. C’est à la fois extrêmement simple, mais aussi profond qu'un puits sans fond. Je ne veux pas qu’il me nargue avec sa bonne réponse donc, je résiste, je serre les dents et j’écris pour moi au brouillon. Ah vous m’en direz tant, la jeunesse de la crise n’a pas son pareil.

 La encore, malgré tout, je pardonne et inconsciemment je tiens une comptabilité des bons et des mauvais moments … on verra à l’heure du bilan.

 

Bizarre il ne se fatigue pas de me proposer des Sages : écoute-moi bien  Bouddha dit que le bonheur ça se construit …c’est à nous de décider d’être heureux, belle phrase facile à dire, comment l’appliquer au quotidien ?

 

Oui, belle phrase, si tu veux on va au Jardin du Luxembourg et on crie « j’ai décidé d’être heureux », on fait le tour du Jardin, on recommence en ne tenant pas compte du regard ahuri des promeneurs, c’est qui ces fous ?

 

Comment pourrai-je lui en vouloir, ses conseils me sont très utiles,  il m’aide à devenir heureuse ; il l'ignore, il va devoir travailler nuit et jour... 

J’ai compris seulement aujourd’hui, en récapitulant,  je dirai que Lui est un garçon serviable, généreux, ambitieux, avec un voile de tristesse à peine perceptible, qui alimente une certaine fragilité. Je suis la seule à comprendre, je cache  également le même pan de ce voile. 

 

Nous avons parfois des échanges constructifs :

 « Moi, j’ai un Mac » je lui joins aussitôt une photo du bel objet.

Lui, tranquille me répond

« J’adore ton MAC » et il ajoute

« Quand je ne n’ai pas mon MAC, il me manque, c’est de l’amour !!

Ciel, comment s'est-il inspiré de ma Nouvelle écrite quelques années auparavant : "C'est insensé, amoureuse à ton âge". J'avoue que les commentaires furent éblouissants.

 

Je m’aperçois que l’écriture fait ressortir mes défauts, je suis trop précise, mes questions trop pointues,  j’attends les réponses tout aussi précises, assez rapidement. Mais avec Lui, tout a fait à l’opposé de moi, je deviens moins exigeante, les réponses perdent de leur importance. Je recevrai, un jour peut-être, la photo de son Mac.

 

Dans mes courriers, tout à coup, une question devient impérative : aimes-tu la danse ? Je te verrai très bien danser un Rock à la fête de la musique, qu’en penses-tu ?

Pourquoi lui poser cette question alors que je le verrai plutôt dansant un tango Argentin.

Qui a dit avec toi ? La jalousie c’est quelque chose !!

Pour ma part il me semble que je pourrai me fondre sur des notes de musiques…

 

LUI, plus raisonnable que moi, m'envoie quelques lignes jolies,  jolies : c'est épuisant de faire ce travail de correction du Livre, va t'aérer un peu, arrête de chercher la perfection, mais plutôt l’excellence qui va avec l’exigence,

l'exigence, l'excellence vont avec le talent !! Alors il faut que tu continues...

Courage (et BRAVO !)

J'ai du m'arrêter de travailler tant j'était émue de ce bel encouragement, Lui aussi a du talent.

Du courage, j'en ai, du talent, à mon avis il a forcé la dose, sa gentillesse se place toujours à la fin de ses phrases.       

 J'espère que dans ces quelques lignes, Lui aura trouvé, par mon observation,  un peu de sa nouvelle personnalité. Souhaitons qu'elle lui plaise!

 

 

 

Pour LUI 

Avec mon amitié sincère

Danidar

22 mai 2014